Interview de Dieudonné Yao Yoholou : « C’est aussi une manière pour nous de leur montrer qu’il y a d’autres acteurs dans le tennis qui veulent faire évoluer la discipline»

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Amoureux de la petite balle jaune, le tennis qu’il pratique depuis quelques années déjà, Yoholou Yao Dieudonné, de retour de l’hexagone (la France) au pays natal le Togo qu’il chérit tant, a été au centre de certaines activités sportives qui ont rassemblé des jeunes de 4 à 12 ans et puis des adultes. Dans une interview qu’il a accordée à notre rédaction, l’homme est revenu sur les raisons qui l’ont motivé à organiser de pareilles activités. Il a par la suite jeté un regard analytique sur ce qui se fait au Togo en matière de la pratique du tennis avant de terminer par son vœu, celui de porter une initiative (un tournoi de tennis) qui rassemblera chaque année ou chaque deux ans des jeunes afin de les aguerrir dans la pratique de ce sport.

Lisez donc cet entretien !

Monsieur Yoholou Yao Dieudonné, bonjour ! Vous avez organisé un stage de tennis les 30 et 31 juillet pour les enfants de 4 à 12 ans et un tournoi de tennis pour les adultes dénommé « Tournoi de l’amitié » du 1er au 4 août 2019 à Lomé. Pourquoi avez-vous organisé ces activités ?

J’ai organisé ces activités dont vous venez de parler parce que personnellement le tennis m’a tout donné. Pour le stage des jeunes, l’idée est de donner un peu cette chance à ces jeunes qui ont envie, qui veulent s’essayer à ce sport mais qui n’ont vraiment pas les moyens. Les rassembler et puis les motiver à faire du sport déjà à la base vu que le sport est universel. C’est dans cet ordre d’idées que nous avons rassemblé les jeunes de 4 à 12 ans au cours de ce stage de deux jours. Ce fut une réussite. On a constaté que les jeunes se sont bien défendus, ils se sont bien débrouillés. Ils ont donné le meilleur d’eux-mêmes. Je tiens aussi à souligner que l’idée a pu voir le jour parce qu’il y a eu des entraineurs locaux sur place qui ont coiffé l’évènement en nous aidant à rassembler les jeunes tout en étant avec eux. Nous, de notre côté on a apporté les matériels, des objets sponsorisés qu’on peut leur donner comme récompense. Pour ça je tiens à remercier la marque WILSON avec qui je suis sous contrat, particulièrement David qui m’a donné des objets. De même mon club ‘’Tennis Club de Aubance’’ (TCA) et son bureau qui m’ont également offert des cadeaux à distribuer aux jeunes. C’était très magique pour eux.

Vu que ces enfants doivent s’inspirer de leurs aînés, on a eu l’idée d’organiser ce « Tournoi de l’amitié » qui tourne autour de la fraternité, de l’amitié et de la bonne ambiance. Il s’agit aussi de redonner vie à notre club mère. Voilà l’idée qui a motivé l’organisation de ce tournoi. Ça a bien réussi dans la mesure où on a eu à récompenser des joueurs avec des médailles, des cordages. Au fur et à mesure que les choses vont bien se passer, je crois que cela va prendre de l’ampleur et puis on peut arriver à quelque chose de plus grand.

Est-ce que les jeunes ont été exclusivement sélectionnés dans la capitale togolaise ou il y a eu également d’autres venus de l’intérieur du pays ?

On n’a pas fait de sélection. C’était un tournoi Open, parce que juste avant ce tournoi, il s’est joué le championnat togolais de tennis. Et c’est durant cette période que nous avons passé des informations que juste après le championnat, il y aura un tournoi pour la bonne ambiance, pour s’entrainer. Le constat, c’est qu’on organise peu de tournoi ici au Togo. Nous qui sommes de l’autre côté (la France), Komlan Mlapa qui s’est joint à moi pour organiser ce tournoi ; et moi vivons en France et nous sommes actuellement en vacances. Notre idée n’est pas seulement de venir juste jouer avec ceux d’ici et rentrer encore chez nous. On veut aussi leur apporter quelque chose. L’idée est partie de là. Et nous avons apporté ce qu’on a pu grâce à nos sponsors. Je rappelle que nous avons fait de ce tournoi, un tournoi Open ouvert à quiconque veut jouer, qui se sent confirmé. L’inscription était à mille francs (1000f CFA), une somme qui a permis de faire du repas à la fin du tournoi. Et tout le monde a pu manger à sa faim.

Nous allons revenir sur quelques constats. Comment voyez-vous le niveau du tennis togolais ? Vous êtes revenu de la France, on le sait. Y a-t-il une grande différence entre ce qui se fait ici et ce qui se fait de l’autre côté ? Je parle en termes d’infrastructures et de la pratique. Selon vous quels sont les côtés sur lesquels on peut mettre l’accent pour que les jeunes qui aspirent exceller dans ce sport puissent mieux réussir ?

C’est une très bonne question. Je vis de l’autre côté où j’ai appris certaines choses. D’ailleurs je continue toujours à apprendre. Dès que je retourne en France je vais de nouveau rentrer en formation. Je dis un grand merci à la fédération française de tennis et à mon club qui me permettent de faire tout cela. L’idée justement, c’est que quand on est revenu on a constaté qu’on n’est pas au point, on n’est pas callé sur plein de choses, puisque nous on a vu comment tout se passe de l’autre côté. On sait aussi qu’on peut apporter ce qu’on a vécu, cette expérience à nos grand-frères et à nos jeunes frères. Si on doit mettre les points sur les choses, je dirai que les infrastructures ne sont pas aussi si catastrophiques. C’est bien qu’on ait des cours de tennis maintenant. Il reste à mettre plus l’accent sur l’encadrement. L’autre aspect qui est à relever c’est le manque d’école de tennis dans les clubs ici, or c’est là qu’on doit donner de l’envie aux jeunes.

Au niveau des encadreurs, pédagogiquement le travail n’est pas encore ça. Puisque la façon d’initier les enfants relève de la pédagogie. Aussi, n’ont-ils pas des matériels. J’ai remarqué malheureusement que chacun en fait à sa tête, ce qui ne permet pas aux enfants d’évoluer dans la pratique du tennis. Voilà les grandes lignes pour que cela puisse marcher à mon avis. Dans un premier temps, éduquer, encadrer et former les entraîneurs pour mieux encadrer les enfants. On a aussi constaté qu’après les entraînements les enfants n’ont pas de matériels. Mais nous on essayera d’apporter le peu qu’on peut apporter.

Dites-nous, avez-nous des relations avec des dirigeants de tennis togolais qui puissent permettre d’apporter vos modestes suggestions pour que cela aille le mieux ?

Pour ça je ne dirai pas non. J’ai pas mal de relation. Je pourrai aller loin dans cette relation si je veux mais j’ai vécu ici pendant des années et je sais comment ça se passe. J’ai aussi vécu des expériences assez terribles avec la fédération de tennis. Tout ce que moi je me dis, c’est que si je dois apporter quelque chose aux enfants, je ne le ferai pas au travers de la fédération. Je le ferai individuellement. C’est mon point de vue. Peut-être que j’ai tort mais l’avenir me le dira. Malgré tout, le représentant de la fédération de tennis M. Albert Lamboni était là pour la finale et la remise des récompenses à la fin de notre tournoi. C’est aussi une manière pour nous de leur montrer qu’il y a d’autres acteurs dans le tennis qui veulent faire évoluer la discipline. Il leur revient maintenant de nous tendre la main, pas toujours à nous d’aller vers eux. Nous, nous faisons déjà avec le peu qu’on a individuellement. Je crois que la fédération ne va pas s’arrêter sur les acquis et se dire que tout doit passer par elle. A mon avis, si un seul individu arrive à s’occuper de deux ou trois joueurs et que cela aboutit à quelque chose, c’est le nom de la fédération qui est au devant, parce que ces joueurs vont représenter le Togo au nom de la fédération. C’est pourquoi je pense que la fédération et les clubs doivent travailler main dans la main. En tout cas, c’est ainsi que cela se passe.

 

Une dernière ques

tion. Nourrissez-vous l’ambition de porter un projet pour les enfants où chaque vacance ils pourront jouer un tournoi même si vous n’êtes pas revenu au pays ?

C’est le cœur même de ce petit projet. Nous les Togolais qui vivons de l’autre côté de l’Occident, nous avons un petit groupe dans lequel nous essayons de réfléchir sur ce que nous pouvons apporter aux jeunes qui sont sur place. Je voudrais une fois encore me saisir de cette opportunité pour remercier la marque WILSON avec qui je suis sous contrat et mon club « Tennis Club de Aubance ». J’irai leur faire le retour de tout ce qui a été fait et s’ils sont satisfaits pourquoi pas revenir chaque deux ans voire chaque année refaire ça. Qui sait si cela peut devenir un tournoi incontournable pour le Togo.

Monsieur Yoholou Yao, merci d’avoir accepté répondre à nos questions.

C’est plutôt moi qui vous remercie.

Des propos recueillis et transcrits par Jacob Koffi ATALI

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